Au début des années 70, en Belgique, des centaines d’initiatives en pratiques artistiques amateurs fleurissent sans être ni reconnues ni financées. La Fédération Wallonie-Bruxelles reconnaît pourtant la valeur qu’elles apportent au paysage culturel belge.

Aux quatre coins du plat pays, des ASBL proposent des ateliers, des stages et des projets qui permettent aux citoyen·nes de participer à la Culture en leur offrant des espaces d’expression et en les initiant aux démarches créatives.

Le Service de la créativité et des pratiques artistiques est alors fondé et permet d’encadrer et de valoriser ces initiatives. S’en suit en 2009 un décret ambitieux et soucieux de ne pas marcher sur les plates-bandes des académies.

Ne seront reconnues que les associations qui mettent au cœur de leurs pratiques le processus créatif avant l’apprentissage, l’expérimentation plutôt que la production et l’expression citoyenne comme prolongement de l’épanouissement personnel.

Beaucoup d’ateliers du Centre culturel de Dison sont déjà dans cette dynamique ! Et, depuis 2006, une partie de ceux-ci sont soutenus par la Fédération des Centres d’expression et de créativité (CEC), qui s’appelle aujourd’hui Incidence.

Pour ce numéro de Présence, nous vous présentons plus en détail les missions d’un CEC, avec un zoom particulier sur le nôtre, doté d’un nouveau nom qui lui va comme un gant : "La Chipoterie" !


INTERVIEW
"SORTIR DES CASES ASSIGNÉES, POUR MIEUX S'ANCRER DANS CE QUI NOUS ENTOURE!"
Isabelle Gillard Directrice d’Incidence Fédération de la créativité et des arts en amateur



Présence : Comment est née Incidence ? De quels constats ?

Isabelle Gillard : Incidence est née du constat qu’il y avait beaucoup de personnes qui pratiquaient la créativité de façon assez individuelle et qui ne se connaissaient pas. Il y avait un intérêt à comprendre comment chacun et chacune travaille et à mieux visualiser les artistes de notre paysage. Les opérateurs se sont rassemblés autour d’une première action politique autour de l’emploi, et une autre pour accéder à la reconnaissance du secteur par l’octroi d’une subvention.

Quelles sont vos missions ?

Nous avons quatre grandes missions. Nous représentons les opérateurs auprès des différents niveaux de pouvoir et sommes agréés par la Fédération Wallonie- Bruxelles en tant que fédération représentative. Dans cet agrément, nous sommes aussi dans une obligation de conseil et d’information sur les questions juridiques et sociales.

Nous avons une mission de formation sur l’animation socioculturelle et socio-artistique. Il y a également l’obligation de valoriser le secteur par divers moyens. Ça, c’est pour la casquette agrément FWB. Nous avons un autre agrément au sein de la FWB qui s’appelle fédération professionnelle. Cela permet de représenter le secteur à la chambre de l’action culturelle et territoriale avec les bibliothèques et les centres culturels.

Quels sont vos défis quotidiens ?

Le décret n’est toujours pas financé à 100 %, il manque actuellement plus de 4,5 millions d’euros pour subventionner tous les emplois permanents auxquels les opérateurs ont droit. Il y a eu un moratoire, avec un budget constant, mais une enveloppe fermée, qui ne prend pas en compte l’indexation des salaires. Sans possibilité de changer de catégorie, il n’y a pas d’accès à de nouvelles reconnaissances ni à d’autres financements. Les réformes APE et ACS risquent d’impacter négativement une centaine d’opérateurs. Le défi, c’est d’arriver à ce que notre secteur soit financé à hauteur des ambitions et des objectifs poursuivis.

Outre le climat d’austérité budgétaire, il y a aussi le manque de considération du secteur des arts amateurs. Nous voulons rappeler que les CEC sont des opérateurs professionnels, qui font un travail sur le territoire, avec la population, un véritable travail de démocratisation de la culture. En résumé, c’est un travail peu considéré et peu payé par rapport aux exigences qui sont demandées.

Quelle serait votre définition des CEC ?

Bruno Humbeeck, psychopédagogue, a une formule que je trouve intéressante, il parle des CEC comme des "îlots de résistance". J’aime cette image d’îlots de créativité, de création, de soi, qui se lient à une perspective plus commune et collective.

Les CEC existent avant tout pour "faire avec", être ensemble, voir ce que l’on peut construire et expérimenter. Comment je peux faire groupe ? Comment je peux participer, faire grandir ce même groupe avec qui je suis, à travers la pratique artistique, avec mon imaginaire ?

Cet outillage permet de naviguer dans la vie, que l’on soit enfant, ado ou adulte. Cela donne des assises, cela donne une confiance qui permet de se projeter vers l’inconnu, de rencontrer des gens qui n’ont ni la même façon de vivre ni de penser que la nôtre. Cela permet d’imaginer d’autres modalités que celles que l’on a apprises. Cela fait partie des grandes leçons à petites échelles que les CEC peuvent apporter. Et tout cela de manière joyeuse et ludique.

Comment se retrousser les manches dans ce climat de paralysie ambiante, avec tous les freins qui existent à créer, à faire ensemble ?

C’est au quotidien, par petites touches. Les freins sont d’abord dans une société qui pense d’abord à soi, pas à l’autre. Dans cette vision, le collectif doit me soutenir, alors que je pourrais dire : "J’ai une responsabilité, je dois m’occuper de moi pour être un bon élément dans le groupe."

Incidence célèbrera en novembre les 50 ans du secteur des Centres d’expression et de créativité en Wallonie et à Bruxelles, marquant un demi-siècle de pratiques artistiques en amateur. Avez-vous un message à faire passer au travers de cette célébration ?

Autour de cette célébration, nous travaillons à préserver l’héritage du secteur et à le faire fructifier. Nous voulons assurer l’esprit et la trame du fond du décret, qui est l’émancipation individuelle et collective, en articulant l’expression artistique et l’expression citoyenne. Nous invitons aussi à faire preuve de vigilance, à pouvoir réagir au contexte d’austérité et de dénigrement, aux prises d’otages que l’on peut vivre sur nos métiers, sur les associations, sur le non-marchand.

Il y a un climat d’injustice assez généralisé. Nous travaillons depuis plusieurs années à amener des ressources au secteur en cas de crise, qu’elle soit sanitaire, environnementale, etc. Voir comment nous pouvons traverser ces événements-là, en gardant une visée solidaire.

Nous devons réfléchir à la façon dont les CEC peuvent rester dans une forme agile et vivante malgré les difficultés. Il est important de pouvoir sortir des cases qui nous sont assignées, pour toujours mieux s’ancrer dans ce qui nous entoure. Dans cette perspective, nous devons veiller à assurer la passation des savoirs, des pratiques, des utopies, assurer le développement des compétences, légitimer et développer la méthodologie spécifique des CEC. Au fond, travailler à devenir le plus robuste, résistant et résilient possible !





C'EST QUOI?

Un Centre d’expression et de créativité ?
Un CEC développe des ateliers, des stages et des projets où la créativité et l’expression en sont le coeur… au travers de disciplines artistiques très diverses.

L’expression artistique ?
Aptitude de l’être humain à s’exprimer sur le monde dans lequel il vit ou sur lui-même en utilisant des formes d’art ou d’expression symbolique.

Et l’expression citoyenne ?
Dans l’espace public, avoir la possibilité de s’ouvrir au monde, d’évoluer, de s’exprimer individuellement ou collectivement sur la vie en société de façon émancipée.

CHIFFRES

Le secteur de la créativité compte 136 Centres d’expression et de créativité reconnus. L’ensemble de ces opérateurs touchent au minimum 83 000 personnes chaque année, notamment par l’organisation d’au moins 600 ateliers et 104 projets. (Chiffres de 2018 et 2023, hors années COVID. Source : Mémorandum Incidence, 2023)



LA CHIPOTERIE
CENTRE D'EXPRESSION ET DE CRÉATIVITÉ À DISON

Valérie Leemans, Coordinatrice de La Chipoterie, nous guide dans ce que nous réserve cette saison créative 2026/27 et sur les pans moins visibles, mais tout aussi fondamentaux de ses actions !



Comme évoqué plus haut, depuis 2006, une partie des ateliers du Centre culturel sont reconnus en tant que Centre d’expression et de créativité (CEC). La particularité de ces ateliers ? Proposer une approche différente de la pratique artistique ! Cette approche se différencie notamment par le fait de placer le processus créatif avant l’apprentissage, l’expérimentation plutôt que la production et l’expression citoyenne comme prolongement de l’épanouissement personnel.

Les ateliers qui en font partie proposent davantage de sortir de sa zone de confort : on se jette à l’eau, on innove, on détourne, on crée une forme nouvelle, étonnante… ou on dit quelque chose de soi par l’intermédiaire du médium artistique.

Pour mieux identifier notre CEC et la singularité de ses pratiques, nous avons décidé de lui donner un nom : "La Chipoterie" ! Un nom vraiment bien trouvé (sans nous jeter des fleurs), qui ouvre des espaces infinis d’expérimentations, qui donne des fourmillements dans les mains et dans les imaginaires !

Un lieu pour découvrir son potentiel

L’arrondissement de Verviers compte cinq Centres d’expression et de créativité : La Bull à Welkenraedt, Zone-Art à Heusy, La Grande Maison à Malmedy, Arlequin à Herve et, donc, La Chipoterie à Dison.

Pour Valérie, ce nouveau nom reflète plutôt bien la réalité d’un CEC : "Un CEC, c’est, selon moi, un lieu où l’on vient “chipoter” sans prétention, pour découvrir une technique, passer du temps avec des gens, découvrir une part de soi, sortir aussi du rapport de consommation et du prêt à l’emploi. Remettre au premier plan l’artisanat, retrouver des savoirs un peu oubliés, prendre du plaisir à produire quelque chose avec ses mains, sans pression. Car se braquer sur des attentes trop hautes, cela freine la mise en action !"

Mieux visibiliser ce qui fait la spécificité de notre CEC, c’est l’objectif de cette identité plus affirmée. "Si des personnes cherchent des ateliers qui explorent différentes techniques, qui permettent de réaliser des créations qui sortent de l’ordinaire, j’ai envie qu’elles puissent se dire "c’est à Dison que ça se passe !"".

Dans les ateliers réguliers labellisés "La Chipoterie", vous trouverez, par exemple, l’écriture, l’improvisation théâtrale, le crochet, la création textile, une chorale, l’aquarelle, le oud ou encore l’art floral. "L’idée est de sortir du cadre scolaire et de la maîtrise technique ; on explore, on expérimente, on travaille avant tout la créativité et l’expression citoyenne. Faire quelque chose de ses mains, c’est très valorisant.".

De nombreuses propositions de workshops et d’ateliers plus ponctuels sont également disponibles "Lorsqu’il est plus compliqué de s’engager sur le long terme, les workshops permettent de s’essayer à une technique pendant un ou plusieurs ateliers sur le court terme. Pour nos participants réguliers, cela peut aussi être une manière de tester une autre méthode, avec un autre regard. Ces formules plus courtes me permettent de déceler un intérêt éventuel pour un nouvel arc créatif, et de le prolonger sur les prochaines saisons." 



Moins visible dans notre programme, Valérie développe également, chaque saison, un projet socio-artistique. À Dison, agir sur l’espace public était une évidence : ."Pouvoir s’exprimer sur l’endroit dans lequel on vit, lui donner plus de couleurs, essayer de l’embellir, faire apparaître quelque chose de nouveau dans l’espace public… ce sont vraiment des enjeux qui me touchent et que je trouve importants à travailler à Dison." Ainsi, avec les ateliers "Mon quartier extra & ordinaire", deux collaborations ont permis de voir fleurir des panneaux créatifs créés par des habitant·es de Renoupré et Dison centre, avec l’appui de structures locales telles que le comité de quartier de Renoupré, la régie des quartiers Havre-SAC et Logivesdre.

Dans nos propositions d'ateliers réguliers, certains sont donc référencés "La Chipoterie".
→ Voir les ateliers enfants
→ Voir les ateliers ados-adultes

Tout au long de la saison, la Chipoterie propose également des ateliers ponctuels, workshops et autres projets!
→ Voir toutes les activités de la Chipoterie