Si vous deviez choisir un film qui a eu un impact sur votre vision du monde? Ou qui vous a simplement marqué? Quel film choisiriez-vous?

Et pourquoi?

Présence a posé cette question à quelques personnes pour qui l'image, le son et/ou la vidéo font partie intégrante de leur quotidien de travail.

Découvrez leurs choix!








Mourad Touati
Réalisateur | MHT Visio

 

Le film qui a marqué une partie de mon adolescence est sans conteste L’effet papillon. Sans trop spoiler l’intrigue, il s’agit de l’histoire d’un jeune homme ayant la faculté de modifier des évènements clés de son passé. Ces changements avaient un impact direct sur son présent et sa situation découlait du changement qu’il a effectué. Ce film m’a ouvert les yeux sur un aspect philosophique qui prend aujourd’hui une place importante dans ma conception de la vie: l’acceptation. Accepter le passé tel qu’il a été et refuser de regarder dans le rétroviseur en se disant qu’on aurait peut-être pu suivre une autre route. On se perd tou·te·s à le penser à l’occasion, mais s’y attarder entrave l’épanouissement. Dans le film, malgré tous ses efforts pour changer son passé et améliorer son présent, la situation du héros se dégrade au fur et à mesure de ses "rectifications" du cours de l’histoire. C’est cet aspect qui a été le point de départ d’une réflexion plus profonde sur le sens des évènements du haut de mes 17 ans. J’aurais tout aussi bien pu vous citer Matrix, Inception, Interstellar et d’autres, mais il faudrait plus qu’une rubrique pour décrire toutes les pistes de réflexion que ces films m’ont apportées!


Mathieu Busch
Ingénieur du son | Kastor Acoustik Sessions

 

Un film que j’ai beaucoup regardé et qui m’a marqué c’est Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio. Il date de 1982 et je trouve qu’il était précurseur de tous les documentaires donneurs d’alertes qui sont sortis par la suite. Il aborde plein de notions qui sont tellement d’actualité (surpopulation, réchauffement climatique, hyper industrialisation, etc.). En plus, la BO est carrément taillée sur mesure par Philippe Glass.


Terry Jeanmart
Vidéaste et photographe

 

Je pourrais classer énormément de films dans mon top de tous les temps : Donnie Darko, Watchmen ou encore Scott Pilgrim, par exemple, en font partie. Néanmoins, si je ne devais sélectionner qu’un seul film ayant impacté ma vision du monde, je choisirais sans hésiter A Ghost Story (David Lowery, 2017). Le point de départ est simple : un homme meurt subitement d’un accident de voiture et rend visite à sa femme, sous forme d’un fantôme... mais celle-ci ne peut le voir. Le film joue cependant sur un élément crucial : la perception du temps. N’ayant plus d’emprise sur lui, il va errer au même endroit pendant des décennies, puis des siècles. Il va voir sa femme faire son deuil, des étrangers investir sa maison (qui sera finalement démolie), avant de revenir dans le passé, plusieurs siècles avant sa naissance, et de tout revivre en boucle... C’est un film qui donne le vertige, qui émeut, et qui remet en question le sens de notre existence : que sommes-nous, et surtout, quelle trace laisserons-nous une fois disparu·e·s? Le tout, sublimé par une direction artistique et une photographie sobre, mais d’une justesse incroyable.


Blaise Fevry
Animateur cinéaste | Maison des Jeunes de Soignies

 

En regardant le film Forrest Gump, j’ai éprouvé beaucoup d’émotions: du rire, de la tristesse, de l’admiration et bien d’autres. Je les éprouve d’ailleurs encore aujourd’hui en le revisionnant. Mais j’ai du mal à expliquer la raison ces émotions. Pourquoi ce film m’a autant touché? Je pense qu’un des succès de ce chef d’œuvre est son côté intergénérationnel et intemporel. Une autre réponse à la question, qui est la raison principale de mon choix, est la construction du personnage et le remarquable jeu d’acteur de Tom Hanks. On y découvre un personnage "simple d’esprit", mais tellement drôle et touchant. Il agit sans arrière-pensée. En soi, dans l’histoire, ce n’est pas tant le personnage Forrest qui est incroyable, mais plutôt ses actions. Ce film montre que les actes qui semblent dénués de sens au début peuvent avoir de grandes conséquences. Ce film montre que malgré notre différence, on peut réussir dans la vie et même devenir un exemple pour les autres. Ce film montre beaucoup de choses. On ne ressort pas indemne de ce film.


Jacky Lacroix
Animateur jeunesse | Centre culturel de Dison

 

Le film que j’ai en tête a plutôt conforté mes convictions, il s’agit de Latcho Drom (Bonne route) de Tony Gatlif, qui relate la transhumance des gitans de l’Inde à l’Andalousie. C’est un film sans paroles, 100 % musical, 100 % liberté, on y voit des gens complètement libres d’aller où ils veulent, sans aucune contrainte, je crois que cet aspect m’a beaucoup attiré, en plus de la musique. J’ai vraiment eu toute une phase suite à ce film, où je n’écoutais plus que de la musique des Balkans, de la musique roumaine ou yiddish, j’ai découvert notamment la chanson Ederlezi, qui est un peu l’hymne national des Roms. On a souvent tendance à étiqueter celles et ceux qui ne nous ressemblent pas, à mettre de la peur entre les êtres humains, alors qu’au final, on a le même but, c’est le bonheur dans la vie et puis c’est tout, on n’a pas à nous opposer. Malheureusement c’est la peur de la différence qui fait qu’on les connait moins.


Patrick Séverin 
Réalisateur et producteur | Instants Productions

  

J’ai serré la main du diable, un film canadien sur l’histoire de Roméo Dallaire, le général des Casques bleus au Rwanda. Je vivais à Montréal en 2007 et je suis allé voir ce film par hasard. C’est là que j’ai appris que les Belges avaient créé au Rwanda la carte d’identité ethnique, qui donnait le droit de vie aux Hutus et la mort aux Tutsis. J’étais journaliste, j’avais 26 ans et ça m’a choqué qu’il ait fallu que je me retrouve au Canada dans une salle de cinéma commerciale pour apprendre une part si importante de mon histoire. Ça a été à la base de mon premier film Des cendres dans la tête, donc on peut dire qu’il a sans doute été un film pivot, pas par sa qualité cinématographique, mais par le choc que ça a provoqué chez moi. Ce film n’a jamais été montré en Belgique par ailleurs, c’est intéressant de le voir!